Mobilisation des VTC: si leurs revendications sont satisfaites, vont-ils devenir encore plus chers que les taxis?

Mobilisation des VTC: si leurs revendications sont satisfaites, vont-ils devenir encore plus chers que les taxis?

ÉCONOMIE – Plusieurs syndicats et collectifs de VTC appellent l’ensemble des chauffeurs à une « grève illimitée » à partir de ce samedi 17 février.

Les grévistes installeront un barrage filtrant le matin à Roissy Charles-de-Gaulle pour ralentir les véhicules quittant l’aéroport, mais sans bloquer les arrivées, a prévenu la CFDT. Un cortège doit ensuite s’élancer en fin de matinée en direction du ministère de l’Économie, à Bercy, puis repartir dans l’après-midi pour sa destination finale, le ministère des Transports, où les chauffeurs demandent à être reçus en délégation.

Regroupées au sein d’une nouvelle structure appelée « l’Union des VTC », ces organisations regrettent le « silence gouvernemental » face à leur demande d’une tarification minimum alors que la ministre des Transports avait annoncé le 8 décembre qu’une « mission de réflexion » autour de ce dossier serait lancée. La consultation doit être finalisée en mars, mais « les VTC ne voient aucune avancée significative », déplore un communiqué.

13,20 euros minimum pour un course

Secrétaire fédéral à la CFDT, Patrick Rossi reconnaît que le gouvernement a permis de professionnaliser le métier en décidant que seuls les détenteurs d’une carte VTC pouvaient exercer depuis le 1er janvier. Cependant, il regrette que l’aspect financier ne suscite pas autant de considération. « On a été auditionnés pour la mise en place de la carte VTC, mais pour ce qui est de la rémunération, rien », se désole-t-il auprès du HuffPost.

Dépitée par la rigidité d’entreprises comme Uber qui refusent de revoir à la baisse le montant des commissions qu’elles prennent à leurs chauffeurs, « l’Union des VTC » compte donc principalement sur le gouvernement pour assurer un meilleur revenu aux chauffeurs, à travers d’autres leviers comme la mise en œuvre d’un tarif minimum.

La CFDT VTC Loti, qui dénonce un revenu net à environ 4,50 euros par heure, réclame que le prix plancher des courses soit relevé et uniformisé au sein des différentes entreprises. Si Uber et LeCab facturent actuellement un trajet à 6 euros minimum, la CFDT demande à ce que ce montant de base soit environ doublé et qu’un client débourse entre 10,80 et 13,20 euros.

« Les plateformes n’ont pas été consultées »

Une telle augmentation des prix rendrait les courts trajets en VTC bien plus chers que les taxis qui facturent, eux, la course 7,10 euros au minimum. Les VTC « ont besoin d’une tarification leur permettant de travailler et d’en vivre », défend Patrick Rossi.

Un point de vue auquel est sensible Yves Weisselberger. Le patron de Snapcar assure au HuffPost « ne pas être opposé au principe » d’un tarif minimum, équivalent à celui des taxis, pour toute la profession. Et pour cause, son entreprise fixe d’ores et déjà la plus petite course à 8 euros. Il s’oppose par contre à une autre demande de la CFDT: imposer une rémunération au kilomètre.

« On ne veut pas de compteur dans les voitures, les VTC ne sont pas des taxis. On ne va pas forcer les VTC à faire du kilométrique », prévient-il alors que le syndicat demande à ce que le prix du kilomètre soit facturé au minimum 1,50 euros quand les taxis le limitent à 1,07 euros en tarif A. Cette proposition fait-elle partie de la réflexion promise par le gouvernement? Aucune idée, tout comme les syndicats, « les plateformes n’ont pas été consultées », note Yves Weisselberger.

Le taxi de nouveau tentant?

Reconnaissant qu’une double augmentation des tarifs pourrait poser un problème de compétitivité, le secrétaire fédéral à la CFDT se veut rassurant, précisant que les montants exposés ont vocation à être négociés et qu’il serait satisfaisant d’arriver à un montant de course minimum similaire à celui des taxis. L’idée est aussi que ce ne soient plus les prix bas mais la qualité des services proposés qui séduisent le client.

Si les revendications des VTC sont satisfaites, les clients pourraient-ils doucement se tourner à nouveau vers les taxis qu’ils avaient délaissés à l’arrivée de leurs très économiques concurrents? Pourquoi pas. D’une part, parce que les tarifs minimum des VTC arriveront au niveau des prix proposés par les taxis, mais pourront toujours s’envoler comme lors des chutes de neige qui ont récemment paralysé la capitale. Les taxis, dont les prix sont plafonnés par la préfecture, ne sont pas soumis à ces algorithmes des VTC qui peuvent multiplier par deux, trois, voire quatre le prix d’une course en fonction de l’offre et la demande.

Les taxis pourraient aussi retrouver grâce aux yeux de celles et ceux qui se font conduire car ils n’ont pas eu d’autre choix que d’améliorer leur qualité de service pour faire face à la rude concurrence de ces dernières années. Dans le colonnes du JDD, le PDG de G7 vantait notamment début février que son entreprise disposait d’une offre plus adaptée avec une montée en gamme, des tarifs plus compétitifs ou encore une appli mobile facilitant les commandes et l’estimation de la facture.

Reste à voir ce que la mission de réflexion, menée par les inspections des ministères des Transports (CGEDD) et des Affaires Sociales (IGAS), donnera. Dans un communiqué publié mercredi 14 février, la ministre a annoncé « envisager » de réunir les interlocuteurs « au début du mois de mars pour rendre compte des travaux des deux missions d’inspection et poursuivre le débat sur l’évolution du secteur ».

À voir également sur Le HuffPost:

Lire aussi :

Uber assume l’explosion de ses prix face à la neige à Paris

Pourquoi prendre un VTC sera plus difficile et plus cher que l’an dernier

Uber va devoir faire face à un nouveau concurrent à Paris

Pour suivre les dernières actualités en direct sur Le HuffPost, cliquez ici

Tous les matins, recevez gratuitement la newsletter du HuffPost

Retrouvez-nous sur notre page Facebook

Pour plus de détails, cliquez sur: Mobilisation des VTC: si leurs revendications sont satisfaites, vont-ils devenir encore plus chers que les taxis?