En représentant les harceleurs des transports en animaux, la campagne de la région île-de-France ne fait pas l'unanimité

Avec des animaux pour représenter les harceleurs dans les transports, cette campagne ne fait pas l'unanimité

HARCÈLEMENT – Saluée par la Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, la nouvelle campagne contre le harcèlement et les agressions sexuelles dans les transports en Île-de-France ne fait pourtant pas l’unanimité.

Les affiches, visibles dans les couloirs du métro et des trains de la région depuis ce lundi 5 mars, mettent en scène des femmes en milieu hostile, menacées par des animaux, ours, requin ou encore loup.

Problème: pour de nombreux internautes, en faisant des harceleurs des animaux, on oublie de montrer qu’ils sont des hommes comme les autres.

Valerio Motta, ancien membre du cabinet de Pascale Boistard, explique par exemple que l’une « des difficultés majeures qu’on a sur tous les sujets de violences faites aux femmes, particulièrement sur les violences sexuelles est de faire comprendre qu’elles sont massives et qu’elles impliquent beaucoup d’hommes, de tous milieux sociaux ».

Je m’explique : une des difficultés majeurs qu’on a sur tous les sujets de violences faites aux femmes, particulièrement sur les violences sexuelles est de faire comprendre qu’elles sont massives et qu’elles impliquent beaucoup d’hommes, de tous milieux sociaux.

— Valerio Motta (@valeriomotta) March 5, 2018

Il poursuit: « Pour faire reculer concrètement ces violences, au-delà de la nécessaire amélioration du cadre d’action police/justice, il faut que les mentalités des hommes changent et que la prise de conscience s’élargisse (…) Je crains que le choix de représenter l’agresseur comme un animal sauvage n’aide pas : non pas qu’il faille les idéaliser ou les ménager, mais parce qu’il faut révéler que c’est M. Tout le Monde (…) Si un agresseur = un loup hurlant ou un ours, cela ne va pas pousser beaucoup d’hommes à se remettre en cause ».

Si un agresseur = un loup hurlant ou un ours, cela ne va pas pousser beaucoup d’hommes à se remettre en cause. Je m’étais fait la même réflexion sur la campagne #arrêtonsles.

— Valerio Motta (@valeriomotta) March 5, 2018

Beaucoup d’autres utilisateurs de Twitter semblent de cet avis.

Car oui, un agresseur, ça PEUT être monsieur tout le monde. Tant qu’on n’intègre pas cela, les violences continueront et seront difficiles à dénoncer. Dommage que cette campagne élude cette dimension pourtant essentielle.

— Anaïs Condomines (@AnaisCondomines) March 5, 2018

.Moi c’est pas un ours qui m’a suivie du métro jusqu’à chez moi quand j’avais 14 ans, ni ceux qui se sont collés à moi, pas un loup qui m’a agressee a la sortie du RER, c’était des mecs qui avaient l’air parfaitement inoffensif…

— Louise Tourret (@louisetourret) March 5, 2018

Les agresseurs, harceleurs ne sont pas des animaux, ce sont des personnes, des monsieur-tout-le-monde, et pas des gros prédateurs poilus. En les déshumanisant, on les déresponsabilise et on considère les femmes comme des proies. Campagne loupée. #harcelementhttps://t.co/hUC0DBwMKG

— V… (@vi_twit) March 5, 2018

Bonne campagne, cependant dommage : ce sont des hommes qui nous harcèlent, pas des animaux https://t.co/FkV1SFoqz5

— Stop Harcèlement de Rue – Rennes (@stophdr35) March 5, 2018

Mon ressenti : dommage de montrer des « animaux sauvages », où la notion de « bestialité des agressions sexuelles » sous-entend que les agresseurs ne peuvent pas se contrôler.
J’estime qu’il faut soit montrer les agresseurs = hommes, soit être plus subtil et suggérer autrement. https://t.co/W3cL13pn3m

— Fatima El Ouasdi (@FatiElo) March 5, 2018

Le problème de la métaphore animalière pour représenter le harcèlement c’est qu’aucun homme ne va se reconnaître. Et qu’encore une fois on élude le fait que les agresseurs sont des hommes quelconques, pas des monstres ou des animaux, soumis à des pulsions incontrôlables.

— Sophie G. (@Sophie_Gourion) March 5, 2018

C’est loin d’être la seule campagne à représenter des êtres humains par des animaux. D’ailleurs, en 2011, la RATP figurait déjà les usagers du métro par des paresseux, buffles ou grenouilles dans sa campagne contre les incivilités.

C’est pas la 1ère fois que la RATP utilise des animaux pour ses campagnes, ça a déjà été le cas en 2011 https://t.co/kebwALVmDn . Le collectif @stophdr avait d’ailleurs pointé l’absence d’un visuel visant les harceleurs et l’avait crée en réponse. pic.twitter.com/mupvKfH8jd

— Sophie G. (@Sophie_Gourion) March 5, 2018

À Toulouse, Tisséo-Voyageurs a de son côté représenté les harceleurs, agresseurs ou frotteurs par des monstres.

.@Zukill_ me signale très justement la campagne de @infoTisseo à Toulouse qui fait le même parallèle et la même erreur agresseur=monstre moche. pic.twitter.com/naD2lNvlzX

— Valerio Motta (@valeriomotta) March 5, 2018

Interrogée à ce sujet lors d’une conférence de presse, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, indique: « Ce ne sont pas les hommes qu’on stigmatise, ce sont les prédateurs ». Contactée par Le HuffPost, la Région Île-de-France nous explique aussi que le choix de représenter les harceleurs par des animaux a été fait pour ne pas stigmatiser un type de personnes et montrer que la menace peut venir de n’importe qui.

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